mardi 9 décembre 2014

"Qu'est-ce qu’être mécaniquement bon ?"


« Ce qui va caractériser l'état de bonté mécanique , ce sont les risques multiples de glissements, la probabilité que, tout d'un coup, au nom de la bonté, apparaissent des signes flagrants de non-bonté, en premier lieu une sévérité de jugement, un manque d'amour pour les « méchants », sans se rendre compte de la contradiction. II y a toujours une faille dans ces cas-là, par exemple, une tendance à être moralisateur et donneur de leçon et même la haine pour certaines catégories de la population : les accapareurs, les profiteurs, les « salauds », les « monstres », tous les ennemis...Les racistes n’aiment pas les minorités raciales mais beaucoup d'anti-racistes ont à leur tour la haine des racistes, une haine justifiée à leurs yeux par l'ignominie du racisme et la justesse du combat anti-raciste.
Est-ce que cette « bonté » pourrait se transformer en son contraire ? Est-ce que dans certaines circonstances, parce que les conditions ont changé, l'état généralement bon d'une personne pourrait se transformer en une émotion négative qui s'exprimerait d'abord par des propos désobligeants puis éventuellement, par une action manquant complètement d'amour ou de simple bienveillance ?

Nous cherchons, par l'exercice de la vigilance, à nous prémunir de ces risques de déviation. La liberté, c'est ce qui en nous échappe au jeu des contraires.

Par une pratique régulière de l’attention, nous pouvons petit à petit prendre conscience de ce qui nous limite et nous asservit et nous en affranchir : moins d'émotions, moins de réaction, moins de conditionnements. Nous nous libérons de la mécanicité et du jeu de la causalité. Ce qui croît alors, ce qui s'approfondit, ce qui se stabilise, c'est la qualité du sentiment qu'évoque l'expression si parlante « l'intelligence du cœur», l'intelligence d'une cœur capable de comprendre, d'aimer et d’entrer en communion, un cœur qui cesse de juger, de rejeter, de mépriser, d'éprouver du ressentiment et de la rancune...Et c'est ce sentiment stable qui donne accès aux niveaux de conscience supérieurs.

Dans ce domaine, le grand défi est soulevé par l'idée universelle, aussi bien bouddhiste que chrétienne, de l'amour des ennemis. Est-ce que je suis capable d'aimer tous ceux et tout ce que je n'aimais pas ? Cet amour ne veut dire ni approuver, ni encore moins être complice, mais cesser de haïr, de juger, de mépriser. C'est être capable de comprendre, de se mettre à la place de l'autre, de le voir avec plus de profondeur C'est là que la partie se joue : dans le cœur. »


"Spiritualité, de quoi s'agit-il ?"

Arnaud Desjardins, Emmanuel Desjardins La Table Ronde p 68-70

2 commentaires:

anne a dit…

Un éclairage important.
En tant que travailleuse sociale, je vois ce qui je se joue quand je rencontre un "salaud" de parent. Le glissement peut-être rapide. Et en même temps, oui, ce n'est pas cautionner l'acte. Vaste travail mais quelle Lumière sur le Chemin.
Merci pour ce post

Claire Fo..... (mais pas Fontaine) a dit…

Merci. J'avais justement besoin de cette réflexion....

Câlinssss!!!!