vendredi 15 août 2014

"Le non manque"

« La spiritualité ? C'est seulement un autre nom pour désigner l'indépendance et la liberté sous tous leurs aspects. »  Swami Prajnanpad, L’Art de voir

Persuadés que quelque chose d’essentiel nous fait défaut, nous ne réalisons pas que cette conviction même alimente le manque. L’ego, voulant s’approprier les qualités de l'être et n'y parvenant pas, croit qu'il lui faut plus. Il veut avoir la paix, avoir l'amour sans réaliser que c’est lui qui fait la guerre à la réalité présente, jugée insuffisante à ses yeux et que le seul obstacle à la paix et à l’amour, c'est lui.
L'état du cœur doit être pris tel qu'il est, quel qu'il soit, car le point de transformation se trouve précisément là. Quand nous vivons toutes les émotions liées au manque, sans résister, nous cessons d'attendre de l’extérieur (de Dieu et des autres !) puisque notre attention est entièrement dévolue à ce que nous ressentons. Nous découvrons la plénitude précisément là, dans l'instant, plus rien ne restant suspendu au futur, ni attente ni projection. La nostalgie de la plénitude peut nous inciter à chercher cette der­nière désespérément, à supplier Dieu, les sages et les saints pour qu’ils nous l'accordent. « Dès que vous mettez Dieu à l'extérieur et que vous voulez atteindre la divinité, vous oubliez qui vous êtes4. » Alors que si nous acceptons simplement de ressentir plei­nement la nostalgie, celle-ci nous emplit, notre cœur vibre, déborde et l’idée de manque disparaît, car « le sentiment se suffit à lui-même, ne dépend que de lui-même5 ».
Cette expérience nous est possible dès que nous cessons de chercher autre chose que l'état qui est le nôtre dans l'instant. Nous retrouvons, à toutes les étapes de la démarche, la même vérité : l’ouverture du cœur passe par l’acceptation incondition­nelle de l'état émotionnel du moment. L'émotion est le passage obligé, l'émanation du cœur qui demande seulement à être reçue comme telle pour se détendre par l’acceptation et devenir un sen­timent d’unité et d'amour.

Christophe Massin « Souffrir ou aimer » p233 à 234. Chap : Dépendre de soi

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