vendredi 22 août 2014

A propos de la fin de vie (3)

« Pleurer ensemble ! Pourquoi diable avons-nous si peur de partager nos émotions ? S’il y a tant de non-dits douloureux, une telle conspiration du silence autour de ceux dont la vie est mena­cée, une conspiration qui les isole à jamais, c’est surtout parce que l’on a peur de pleurer ensem­ble. Or le fait de pleurer ensemble scelle un pacte de non-abandon. Jamais on n’abandonne quelqu’un avec lequel on a partagé une émotion douloureuse. (...)
Pourquoi certaines personnes confrontées à une maladie grave et au pronostic fatal ont-elles tant de mal à être sujets de ce qui leur arrive, à s’approprier cette dernière étape de leur vie, à rester vivantes jusqu’au bout ? Presque toujours parce que ce partage des émo­tions n’est pas possible, parce que les échanges intimes sont gelés dans cette conspiration du silence. La conspiration du silence est un vérita­ble fléau. Elle empêche d’entrer dans l’expé­rience et de la partager. Elle condamne à la soli­tude, elle condamne plus cruellement encore, puisque d’une certaine façon, elle condamne à mourir avant de mourir ».

Marie De Hennezel « Une vie pour se mettre au monde » p165 à 166

1 commentaire:

Anonyme a dit…

oh combien est-ce vrai, nous avons récemment accompagné ma maman dans ses dernières semaines, en pleurant en riant en parlant en trinquant en chantant, surtout nous partagions avec elle toutes les émotions. Son départ nous fût plus léger. Et je crois - je pense - qu'il le fût également pour elle.