samedi 16 août 2014

A propos de la fin de vie (2)

« Sous prétexte que l’humanité traverse des souffrances, certains se donnent tous les droits et, notamment, le droit de trans­gresser. C’est ce qui rend si problématique le droit au suicide que certains veulent légaliser en obligeant la société à aider à sa réalisation. Cette revendication joue avec la transgression en utili­sant certains cas absolument dramatiques. Il règne dans ces débats une atmosphère malsaine, perverse, glauque. On utilise des cas particu­liers pour mettre à bas des principes fondamen­taux et on le fait avec une insistance déran­geante. On veut légitimer une vision du monde désespérée, violente, tragique, purement indivi­dualiste, sans perspectives, sans responsabilités.
On n’a pas le droit de tuer et il n’est pas neutre de se tuer. Il y a tout de même d’autres réponses à la souffrance humaine que le suicide. On fait du mal, on se fait du mal, quand on proclame le contraire. On touche au symbolique. On touche au sens. On hypothèque l’avenir. Un monde qui fait confiance au suicide pour régler les grands problèmes humains est un monde qui a renoncé à lui-même. Nous devons la vie à ceux et à celles  qui ont su dire, comme Nietzsche l’a fait, que la souffrance n’est pas une objection contre la vie.
La vieillesse n’est pas une objection contre la vie. La mort non plus. Ce n’est pas contre la vie qu’il faut objecter, mais contre le désespoir. Il y a une tendance contemporaine à préférer le désespoir à la vie. Cela fait partie de notre nihi­lisme latent. »


Bertrand Vergely « Une vie pour se mettre au monde » p143,144.

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