dimanche 5 juillet 2009

"L'homophobie intériorisée" (4)

"L'homophobie chez les homosexuels :L'homophobie joue un rôle très différent chez les homosexuels. Ses formes et manifestations peuvent changer au cours du cycle vital, mais elle sera tou­ jours présente d'une façon ou d'une autre - au moins dans la société actuelle. Il peut sembler étrange qu'un homosexuel puisse avoir des préju­gés ou sentir un certain rejet de l'homosexualité, mais c'est un phénomène très généralisé. L'homo­phobie ne s'exprime pas nécessairement d'une façon directe (ce qui la rend difficile de détecter) ; elle prend plutôt des formes indirectes que j' essaie­rai maintenant de décrire.Il arrive souvent, par exemple, que les homo­sexuels se méfient de leurs propres désirs ou senti­ments : ceux-ci peuvent leur paraître pervers, sales, ou même dangereux. Dans des cas extrêmes, ils peuvent même leur sembler étrangers, comme des pulsions qui ne leur appartiennent pas - qui ne viennent pas du dedans, mais du dehors. Tout cela peut, évidemment, avoir des conséquences très graves. Le fait pour une personne de rejeter systé­matiquement ses propres désirs ou sentiments finira, à la longue, par affecter ses relations avec les autres et avec elle-même, sa vie sexuelle, et même sa santé physique. Ce processus peut abou­tir à la répression habituelle de certaines émotions, provoquant des problèmes importants dans les domaines de la communication et de l'intimité.Les homosexuels souffrant d'un degré élevé d'homophobie intériorisée peuvent, par exemple, être incapables d'exprimer leur amour pour une per­sonne de leur sexe - même s'ils vivent avec elle, ou maintiennent une relation avec elle, depuis des années. Il peut leur sembler normal que d'autres (par exemple, leur famille) critiquent ou ignorent leur partenaire; et ils peuvent eux-mêmes reléguer leur relation de couple à un niveau très secondaire, faisant des projets d'avenir sans la prendre en compte. Il n'est pas rare de trouver chez les homo­sexuels (surtout masculins) une profonde ambiva­lence envers le couple : leur attitude implicite pourrait se résumer par «j'ai un ami, mais ce n'est pas vraiment mon couple ».Ce rejet des émotions, des désirs et des besoins en soi-même peut se généraliser et s'étendre à toute la vie affective, et non seulement à l'amour ou à la sexualité. Une personne qui questionne ou qui réprime depuis toujours ce qui surgit en elle spon­tanément peut en arriver à se méfier de tous ses désirs et sentiments. Dans mon expérience théra­peutique, j'ai souvent entendu des homosexuels dire des choses comme: «Je savais qu'il ne fallait pas le faire: une petite voix m'a dit que ce n'était pas une bonne idée, mais je n'y ai pas fait attention. » Nous pourrions nous demander combien de conduites autodestructrices chez les homosexuels ne dérivent pas, en partie, de cette méfiance envers leur propre intuition, et de leur habituelle répres­sion de leurs sentiments les plus profonds.Une émotion qui est souvent réprimée, c'est la colère. N'oublions pas que les homosexuels sont l'objet d'agressions continuelles. Qu'ils l'admettent ou non, ils ne peuvent s'empêcher d'enregistrer les moqueries, les blagues, les étiquettes et la dévalo­risation plus ou moins constantes, plus ou moins conscientes, auxquelles ils sont exposés quotidien­nement. La question qui se pose n'est pas de savoir si tout cela les affecte ou non - car il est évident que oui - mais de savoir ce qu'ils font de la colère qu'ils devraient normalement ressentir. De la même façon, que font-ils de la colère qu'ils sentent par­fois contre eux-mêmes, parce qu'ils sont diffé­rents?La réponse, c'est qu'ils tendent soit à réprimer, soit à déplacer, cette colère. Ainsi, il y a des homo­sexuels pour qui il est très difficile de se fâcher : toujours gentils, toujours bienveillants, ils tendent plutôt à la dépression. (N'oublions pas que la colère niée ou réprimée et tournée vers l'intérieur peut se transformer en dépression, qui est parfois interpré­tée comme une sorte de colère contre soi-même.) Ou bien cette colère peut se manifester par des conduites autodestructrices - qui sont malheureusement assez fréquentes dans le milieu homosexuel. Il y a aussi des homosexuels qui expriment cette colère sans cause repérable, et qui deviennent habi­ tuellement irritables, impatients ou intolérants. Quelle que soit la forme qu'elle adopte, selon la structure de la personnalité et le contexte social de chacun, nous devons toujours chercher la présence plus ou moins réprimée d'une colère longuement accumulée. Il est important d'en prendre conscience, et de la canaliser correctement. Toutes les émotions, tous les désirs, les fantasmes et les besoins qui sont systématiquement réprimés peuvent devenir comme une substance toxique dans le fonctionnement mental et physique, s'ils ne sont pas dûment détectés et travaillés."
Marina Castaneda, Comprendre l'homosexualité

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Ca me rappelle beaucoup de choses, vécues personnellement ou par des amis.
Confrontée à l'homophobie au sein de la famille cela a été un long parcours pour sortir de la dévalorisation. Ce n'est pas encore gagné.
anne c. 9 juillet 2009 07:02

Anonyme a dit…

Ce texte m'a beaucoup intéressée, merci Claire.
Je cherche depuis plusieurs jours comment t'en faire part, que dire, mais bon, je me contenterai de te faire signe et te dire que je l'ai lu avec intérêt
Nathalie, juillet 2009