vendredi 12 juin 2009

"L'homophobie intériorisée" (3)

"L'homophobie remplit plusieurs fonctions impor­tantes chez les hétérosexuels. Elle légitime leur propre orientation sexuelle ; leur fait sentir que leurs valeurs morales et leurs mœurs sexuelles sont naturelles et même supérieures ; leur permet de se sentir fiers de leur masculinité ou féminité. Qu'ils soient heureux dans leurs relations amoureuses ou non, qu'ils jouissent de leur vie sexuelle ou non, ils ont au moins la satisfaction de se sentir « nor­maux ». L'homophobie a donc comme fonction pri­mordiale de « normaliser» l'hétérosexualité, et de lui donner un vernis de supériorité morale qu'elle n'aurait peut-être pas autrement. Mais elle a aussi une autre fonction essentielle : elle permet à l'hétérosexuel de nier en lui-même tout désir homoérotique, quoique nous ayons tous (ou plutôt parce que nous avons tous) des tendances dans ce sens. Cela n'a rien d'étonnant : c'est ce qui arrive avec tous les désirs qui sont interdits par la société. Projetés vers le dehors, ils sont déposés chez les minorités comme les homosexuels, les Juifs, les Noirs, etc.La projection est un mécanisme de défense inconscient par lequel nous attribuons à d'autres personnes les traits, les émotions ou les pensées que nous ne pouvons accepter en nous-mêmes parce qu'ils sont incompatibles avec nos valeurs morales ou notre image de nous-mêmes. Donc, au lieu de les reconnaître en nous, nous les plaçons au-dehors. Par exemple, nous investissons les autres des ten­dances ou désirs homosexuels que nous ne pouvons ou ne voulons pas voir en nous-mêmes: la projec­tion homophobique fait que les homosexuels sont toujours les autres. Ainsi, l'homophobie «sauve» l'hétérosexuel de l'homosexualité. Ce mécanisme explique aussi le phénomène col­lectif du bouc émissaire, par lequel la société attri­bue certains traits qu'elle n'accepte pas en elle­ même à une personne ou à un groupe de personnes. C'est ainsi que fonctionne l'homophobie au niveau social : les homosexuels, surtout s'ils sont très visibles, servent de boucs émissaires à la société hétérosexuelle majoritaire. Cela explique que la libération gay soit systématiquement accompagnée par une réaction en sens contraire. Un paradoxe, et un dilemme, de ce mouvement, c'est précisément qu'au fur et à mesure que les homosexuels deviennent plus visibles, ils deviennent aussi une cible de plus en plus repérable pour la projection homophobique. Cela explique en partie qu'aux Etats-Unis la libération gay s'accompagne d'une homophobie de plus en plus explicite, organisée et militante. L'homophobie sert aussi à banaliser l'homo­sexualité. A coups de stéréotypes et de simplifica­tions, elle la caricature et la transforme en une parodie de la sexualité «naturelle » et de l'amour « véritable ». Le couple homosexuel, surtout s'il est âgé (ce qui entraîne encore d'autres idées reçues), est perçu comme une sorte de pastiche mignon du « vrai couple », qui est bien entendu hétérosexuel. Cette banalisation sert à dépouiller l'homosexualité de son caractère radicalement étranger et différent. Il est rassurant, quand on pense à l' homosexualité, d'avoir en tête un film aussi amusant et inoffensif que La Cage aux folles.
"Marina Castaneda "Comprendre l'homosexualité"

2 commentaires:

Anonyme a dit…

C'est sûr que Serrault ou Poiret semblent plus inoffensifs que les cowboys du film "Broadback Mountain", que Cyril Collard dans "les nuits fauves" ou que Vanessa Redgrave dans "si ces murs pouvaient parler 2".
Aussi rassurant que Josiane Balasko en camionneuse dans "Gazon Maudit" ou Patrick Timsit dans "pedale douce". Par contre que dire de Bernard Campan et Charles Berling dans le très beau film de Zabou Breitman "l'Homme de ma vie".
anne c. 12 juin 2009 08:44

Anonyme a dit…

Je me suis toujours dit que pour juger, il faut connaître et je n'ai jamais vu "l'homme de ma vie".
leloup
acouphène, juin 2009