mardi 2 juin 2009

"L'homophobie intériorisée" (2)

"Homophobie et confusion des genres : Nous pourrions donc affiner notre définition, et dire que l'homophobie n'est pas seulement la peur ou le rejet envers la relation sexuelle homoérotique, mais aussi envers la confusion des genres. Ainsi, dans certains pays, le problème n'est pas qu'un homme en pénètre un autre: le problème, c'est d'être pénétré - c'est-à-dire qu'un homme puisse devenir « comme une femme». De la même façon, dans beaucoup de sociétés, ce n'est pas le lesbianisme qui est réprouvé, mais le fait qu'une femme puisse se conduire «comme un homme ». (...)Donc, la peur de l'homosexualité en recouvre une autre, qui est bien plus archaïque et univer­selle: la peur de la confusion des genres. Cette peur, qu'un homme puisse cesser d'être homme, ou une femme cesser d'être femme, a probablement des racines très profondes dans la culture humaine, .tant individuelle que collective.Il est donc important de faire une distinction entre le rejet de l'homosexualité et celui, plus archaïque, de la confusion des genres. Beaucoup de préjugés dérivent de ce dernier élément, plutôt que du premier. On entend souvent des hétérosexuels dire, quand ils viennent de connaître un homo­sexuel, des choses comme : « C'est curieux, je pen­sais qu'ils étaient tous efféminés ; or, celui-ci a l'air tout à fait masculin. » Ou bien, se référant à une lesbienne: «Mais elle est très jolie, on dirait une vraie femme! » Il est donc indispensable qu'homo­sexuels et hétérosexuels comprennent que l'homo­sexualité n'a rien à voir avec le sexe biologique, et qu'elle ne l'affecte en aucune façon.Mais sexe et genre ne sont pas la même chose ; et nous observons qu'une partie de cette peur relève justement de la confusion, assez générale, entre ces deux concepts. Le sexe se réfère à certaines carac­téristiques biologiques : on naît mâle ou femelle, avec les attributs physiques correspondants. La notion de genre, par contre, comprend toute une série d'attitudes, d'idées, de sentiments et de conduites que l'on apprend depuis l'enfance, et qui constituent l'identité et le rôle masculin ou fémi­nin. Un homme peut être masculin ou non, mais il reste toujours un homme ; une femme, même mas­culine, reste toujours femme. Ainsi, un homme qui se laisse pénétrer par un autre homme peut être considéré (et se considérer lui-même) comme moins masculin - mais il ne cesse pour autant d'être un homme. Et une femme qui aime les femmes peut être perçue comme «masculine» - mais elle est toujours une femme. Cela est particulièrement important pour les homosexuels qui souffrent sou­vent dans leur estime de soi justement parce qu'ils se considèrent moins hommes ou moins femmes.Toutes ces idées et tous ces préjugés constituent ce que nous appelons aujourd'hui homophobie. Celle-ci, on le voit, n'est aucunement limitée aux hétérosexuels. Les homosexuels sont également exposés à ces idées reçues, et cela dès leur plus jeune âge (et bien avant d'avoir conscience de leur orientation sexuelle). L'homophobie est partout dans la culture, aussi bien dans les blagues et les ragots que dans les films, les livres, etc.Or qu'arrive-t-il quand une personne est expo­sée, depuis toujours, à une certaine idée ? Elle finit par l'intérioriser : elle la fait sienne, l'adopte sans même s'en rendre compte, comme tant d'autres idées qui viennent former partie de son éducation. Alors, l'homophobie devient «naturelle»: elle devient une valeur implicite et inconsciente, géné­rant des réactions immédiates, automatiques, et apparemment instinctives.
"Marina Castaneda "Comprendre l'homosexualité"

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Je me demande s'il n'y a pas non plus une histoire de "pouvoir" : un homme qui se laisserait pénétrer ne serait plus un homme - comme le dit M.Castaneda - de par l'attitude plus féminine qui est celle de la réceptivité, de l'accueil, de l'ouverture. Je crois que les hommes sont très attachés au pouvoir sans que cela soit conscientisé et que cela fait même partie de leur inconscient collectif... Je pourrais donc voir la manifestation de cette homophobie comme l'expression d'une peur, la menace de perdre cette position de pouvoir
Nathamsa, juin 2009