mardi 26 mai 2009

"Le deuil de l'hétérosexualité"

Il y a 3 ou 4 ans, j'ai lu ce livre de Marina Castaneda qui fut pour moi comparable à un puissant electro-choc. Engagée avec un homme, j'avais déjà vécu une relation amoureuse quelques années plus tôt avec une femme, avant de faire le choix de vivre et de me marier avec cet homme. La lecture de ce livre, "Comprendre l'homosexualité" a sûrement été un des facteurs qui a contribué à la décision de nous séparer que j'ai fini par prendre. Aujourd'hui et au cours des semaines à venir, je vous en propose quelques extraits.
"C'est donc à travers tout un processus d'exploration que le jeune homosexuel commence à s'identifier comme tel. Mais cela implique aussi un deuil de l'identité hétérosexuelle qui lui a été inculquée depuis toujours. En effet, tous les enfants grandissent avec l'idée qu'un jour ils se marieront et fonderont une famille : c'est ce que leur répètent inlassablement leurs parents, l'école, la culture et la société en général. Se rendre compte que cela n'arrivera probablement pas, et qu'il faudra renoncer à un projet de vie longuement préparé, est un processus extrêmement lent et douloureux. Il s'agit d'une perte importante ; et, comme dans toutes les pertes, il y a un travail de deuil à faire. (...)Combien de temps dure ce processus ? Pour certaines personnes, il n'a jamais de fin -- et c'est peut être la différence la plus importante entre les homosexuels heureux et ceux qui ne finissent jamais de faire leur deuil du mariage, des enfants qu'ils y auraient pu avoir, et de l'approbation familiale et sociale qu'ils n'auront jamais. Bien sûr, entre ces deux extrêmes, il y a beaucoup d'homosexuels pour qui ces choses ne sont pas importantes, et qui n'ont aucun regret pour la vie hétérosexuelle -- apparemment. Mais la plupart des homosexuels passent par un deuil de l'hétérosexualité, même s'il n'est pas tout à fait conscient. Ce deuil se développe généralement par étapes, et débouche sur une acceptation de l'homosexualité - mais cette acceptation est rarement totale ou définitive. Un certain regret surgit à nouveau dans les moments importants de la vie, et l'homosexuel doit alors réexaminer et accepter en des termes nouveaux son orientation sexuelle. Ainsi, une lesbienne peut vivre son homosexualité sans problème pendant longtemps, et vers quarante ou cinquante ans sentir un regret intense pour les enfants qu'elle aurait eus si elle avait été hétérosexuelle. (Ce deuil des enfants peut aussi avoir lieu, bien sûr, chez les hommes.) Il peut y avoir une recrudescence du deuil chaque fois qu'un ami ou un frère se marie, ou à la naissance des neveux, ou à la mort des parents. (...) Il est donc important de prendre conscience de ce deuil, qui peut durer indéfiniment ou ressurgir sous des formes différentes. Cela changera probablement au fur et à mesure que les droits civiques de cette population s'étendront : si les homosexuels pouvaient se marier et adopter des enfants, s'ils jouissaient de tous les droits qui sont actuellement réservés aux hétérosexuels, la sensation de perte ne serait évidemment pas la même. En attendant, il est très important que chaque homosexuel assume et comprenne ce deuil, comme une partie de son identité et de son histoire."
"Marina Castaneda "Comprendre l'homosexualité" , Chez Pocket.

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